Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la Bible (qui contient les Saintes Écritures) et la Parole de Dieu (vecteur de la Révélation divine) ne sont pas deux termes identiques. Bible et Parole de Dieu ne se confondent pas. Et c'est ce qui fait que le christianisme, contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, n'est pas « une religion du livre ». Cela peut être étonnant, en effet, puisque ce livre – l'évangéliaire en l'occurrence, pas la bible qui prend la poussière sur les rayons de nos bibliothèques ! – je le vénère en m'inclinant devant lui, en l'encensant et en y déposant un baiser au cours de la messe. C'est qu'effectivement la Bible renferme les Saintes Écritures qui elles-mêmes contiennent la Parole de Dieu. Mais la Parole de Dieu déborde les Saintes Écritures comme celles-ci débordent nos bibles, évangéliaires et autres lectionnaires..
Comme le rappelait Benoît XVI au Collège des Bernardins, la Bible, c'est une collection de textes disparates produits au cours de l'histoire du salut et reconnus comme inspirés par le magistère de l'Église. La Bible, ce sont donc des verba multa, des paroles multiples. Ce qui lui donne son unité, ce qui en fait l'Écriture et pas seulement les Écritures, c'est le Verbum unum qui se tient derrière et qui en même temps se livre à travers ces livres, à travers ces Écritures, cristallisations de paroles. Autrement dit, ce qui fait de la Bible un livre un et unique, c'est qu'il constitue une dimension de l'incarnation du Verbe, du Fils de Dieu. Derrière la Parole faite papier (fût-il papier bible!), il y a la Parole faite chair. C'est ce qui structure d'ailleurs la liturgie, qui traduit ainsi le sens de l'histoire du salut où la révélation divine a d'abord été enclose et communiquée par des paroles avant de l'être par une personne, celui qui est la parfaite expression du Père, celui qui éternellement le dit, selon la belle expression de S. Jean de la Croix, le Fils.
Dans la liturgie, on passe des Écritures qui, « depuis Moïse parlent de tout ce qui le concernait » à la « fraction du pain » qui s'identifie avec lui puisqu'alors lui, le Ressuscité, disparaît aux yeux de chair de ses disciples, ceux d'Emmaüs. A mesure que la messe avance, la manière dont le Verbe, la Parole de Dieu, se présente à nous gagne en densité, en substance, pour finalement nous incorporer à elle et nous changer en elle, comme l'explique S. Augustin, par la communion eucharistique. C'est donc à travers la liturgie de la messe que la lecture – ou mieux l'écoute – de l'Écriture déploie tout son sens. Il y a une sorte de « résurrection de l'Écriture en Parole » disait dimanche dernier don Enzo Bianchi à Notre-Dame. On passe de la Parole-papier à la Parole-sacrement, au Christ toujours vivant et actuel. C'est ainsi que la Parole de Dieu est « vivante, plus acérée qu'un glaive à deux tranchants » (épître aux Hébreux), qu'elle est donc toujours actuelle, qu'elle ne cesse de nous interroger et – pour reprendre une expression du cardinal Ratzinger – qu'elle nous introduit continuellement dans le dialogue trinitaire du Père et du Fils. Comme le disait encore Benoît XVI à Notre-Dame, prenons exemple de Marie : elle habita tant la Parole – l'Écriture – que la Parole – le Verbe – vint demeurer en elle.
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Abbé Eric Iborra, vicaire